Presque chaque été désormais, les villes et leurs habitants suffoquent sous des chaleurs étouffantes. Des « épisodes » devenus de plus en plus réguliers en particulier sur le territoire de la métropole de Lyon.
Comment adapter nos territoires à ces phénomènes de surchauffe ? C’est précisément tout l’objet des travaux de Lucie Merlier pour lesquels elle vient d’obtenir le Prix de la jeune recherche dans la catégorie Sciences exactes.
Qu’est-ce qu’on entend par surchauffe urbaine ? Tout ce qui va augmenter l’inconfort thermique des personnes (le fait de ne pas se sentir à l'aise dans un lieu en raison notamment de la température), de jour comme de nuit, en extérieur ou en intérieur : vague de chaleur, îlot de chaleur urbain, effets spécifiques des espaces extérieurs ou des bâtiments…
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Quatre lauréats au Prix de la jeune recherchePenser l’humain qui habite le bâtiment
À 39 ans, l’enseignante-chercheuse à l’Université Lyon 1, au département génie civil et construction durable de l’IUT et au Cethil (Centre d’énergétique et de thermique de Lyon), s’intéresse depuis longtemps aux problématiques environnementales dans la construction. Une inclinaison qui se retrouve dans son parcours pluridisciplinaire. « J’ai un diplôme d’ingénieur, mais aussi un master en architecture et en sciences humaines et sociales, le tout toujours autour des thématiques du bâtiment et de l’urbain « durable » », explique-t-elle.
Car, selon elle, en ayant une approche uniquement technique, on rate toute une partie du problème. « Si on s’intéresse à la surchauffe, c’est en particulier parce qu’il y a l’humain au bout. Typiquement, les bâtiments sont construits par et pour des personnes. Si on ne prend pas en compte cette dimension, on ne peut pas répondre correctement à la problématique », souligne-t-elle.
Il y a de fortes limitations à considérer des solutions uniquement techniques/technologiques en négligeant les enjeux d’usages, et inversement, il apparaît aussi nécessaire de faire évoluer les pratiques. Il faut penser l’ensemble et leurs interactions, et ce, aussi en fonction des spécificités du lieu et de l’environnement local.
Lucie Merlier, prix de la jeune recherche 2025, catégorie Sciences exactes.
Des solutions de différents types
Et c’est tout l’objet du projet VF++ : Des villes fraîches par et pour les usagers : intégrer des solutions douces, vertes et grises pour favoriser la santé des habitants dans un environnement durable, que Lucie Merlier coordonne depuis un an.
« L’idée est d’améliorer la santé des personnes au sens de la définition de l’Organisation mondiale de la santé, c’est-à-dire aussi le bien-être général, souligne-t-elle. C’est une vision un peu différente de celle qu’on peut avoir en tant qu’ingénieur habituellement. Le but ici n’est pas ici juste de gagner quelques degrés ». L’objectif est de travailler sur des combinaisons de solutions et leur évaluation.
Les solutions grises vont concerner tout ce qui a trait aux infrastructures et aménagements techniques, les matériaux choisis pour les bâtiments par exemple. Par solutions vertes, on entend ce qui est de l’ordre de la végétalisation, de l’intégration de plans d’eaux, etc. Enfin, les solutions douces sont liées aux comportements des personnes et aux systèmes sociaux. « Cela peut être par exemple adapter son emploi du temps, renforcer l’entraide locale ou enclencher des systèmes d’alerte pour appeler les personnes vulnérables », détaille Lucie Merlier.
Faire converger différents métiers
Dans un tel projet, travailler en interdisciplinarité avec différents corps de métier s’impose. VF++ réunit donc des disciplines qui vont de l’anthropologie à l’épidémiologie en passant par la microclimatologie urbaine, la thermique du bâtiment, l’architecture ou la médecine d’urgence. Plusieurs collectivités : la Métropole de Lyon, la ville de Villeurbanne, mais aussi les Hospices civils de Lyon, le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement), le CSTB (centre scientifique et technique du bâtiment) et l’Alec de Lyon, le bureau d’études Tribu ou encore les bailleurs sociaux Grand Lyon habitat et Est Métropole habitat sont partie prenante du projet.
« Sur ce sujet, le territoire de la métropole est exposé et contrasté. Par ailleurs, la problématique de l’adaptation à la chaleur rejoint d’autres défis comme la gestion de l’eau ou la biodiversité. Tout est lié et il est important de converger. L’écosystème local académique de la métropole permet justement de le faire », estime Lucie Merlier.