Vida et Nelly, la cohabitation heureuse

Au cours de l'année universitaire, Vida Bahrami, 25 ans, et Nelly Bar, 90 ans, ont vécu sous le même toit. Grâce à la cohabitation solidaire, l’étudiante a pu trouver un logement à bas coût et les deux femmes se découvrir des passions communes pour la littérature notamment. Rencontre.

Après cinquante ans passés dans la même maison, Nelly Bar a forcément ses petites habitudes. « Je m’assois toujours dans ce canapé-là et à cet endroit-là », confie-t-elle, « mais quand je regarde La Grande Librairie, Vida me rejoint parfois ».

En effet depuis la rentrée, une nouvelle présence vient un peu briser la routine pour Nelly Bar, résidente de Saint−Genis−Laval de 90 ans. Depuis cet automne, elle accueille dans une des chambres de sa maison Vida Bahrami, étudiante de 25 ans. La jeune Iranienne est arrivée en France il y a deux ans pour étudier les lettres à l’Université Lyon 3. Après une année en colocation, elle avait envie de changer. « Je ne voyais pas beaucoup mes colocataires, j’avais envie d’être davantage dans un environnement familial, pour m’intégrer et aussi améliorer ma langue », explique-t-elle.

Aider ceux qui en ont besoin

Vida Bahrami est donc passée par la cohabitation solidaire. Le dispositif permet à des propriétaires ou locataires disposant d’une chambre libre de la louer à bas coût (voir encadré). Nelly Bar a trois filles, sept petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants, mais elle vit seule dans sa maison depuis 27 ans. Depuis deux ans, elle a donc décidé de se lancer dans la cohabitation solidaire. L’année dernière, elle logeait une étudiante ivoirienne et cette année Vida Bahrami. « J’ai des chambres à l’étage et je n’en profite pas, c’est dommage. Si j’ai voulu me lancer là−dedans, c’est plutôt par esprit de civisme, parce que je sais que les étudiants ont tellement de mal à trouver un logement », explique-t-elle. Et pour la senior, c’est aussi une présence au quotidien. « Ça me fait une compagnie et ça m’oblige à m’habiller un peu mieux, peut-être que je me laisserai un peu plus aller sans ça. »

Des points de rencontre

Entre les cours et son travail, Vida Bahrami a un emploi du temps bien chargé, les deux femmes n’ont donc pas les mêmes rythmes de vie. Malgré tout, elles ont trouvé des points d’intérêts communs, la culture notamment. « Mme Bar aime énormément les livres et aussi le cinéma. Elle connaît beaucoup de réalisateurs iraniens, même certains que je ne connaissais pas comme Jafar Panahi, j’étais vraiment surprise », raconte l’étudiante. 

Dès leur première rencontre, c’est la culture qui les a réunies. « Quand je lui ai fait voir les chambres et qu’elle a vu la bibliothèque, elle s’est précipitée sur Notre-Dame de Paris de Victor Hugo en disant : mon grand-père nous parlait de lui. Ça m’a touchée », explique Nelly Bar. « Victor Hugo est très connu en Iran », complète Vida Bahrami. 

La culture française est d’ailleurs une des raisons qui a poussé la jeune femme à choisir la France pour ses études. Et sur ce point-là, les deux femmes se sont bien trouvées, Mme Bar, comme Vida, continue à l’appeler, n’étant jamais avare de discussions autour d’un livre ou d’un film qui ont croisé son chemin au cours de sa vie.

La cohabitation solidaire, comment ça marche ?

La cohabitation solidaire permet de proposer de nouvelles solutions de logement pour les personnes qui rencontrent des difficultés à se loger. La Métropole de Lyon, soutient et cadre la cohabitation solidaire en partenariat avec trois associations conventionnées Le Pari solidaire Lyon, Tim & Colette et Ensemble2générations

Vida Bahrami et Nelly Bar participent à ce dispositif via l’association Ensemble2générations qui propose des cohabitations intergénérationnelles. « Sur l’antenne de la région lyonnaise, nous avons actuellement 35 binômes », explique Marion Molin Delhay, chargée de mission pour l’association. Plusieurs types de contrats peuvent être conclus. 

Dans la formule « convivialité », comme celle qui concerne Nelly Bar et Vida Bahrami, une chambre est mise à disposition pour une durée pouvant aller jusqu’à 12 mois en échange d’une participation financière qui n’excède par 350 euros. Dans la formule solidaire, la personne logée s’implique davantage. « Dans notre contrat présence et partage, le jeune s’engage à une présence régulière plus ou moins forte, par exemple toutes les nuits sauf deux week-ends par mois et tous les soirs sauf une soirée par semaine, à être là pendant les temps de repas, etc. Il peut aussi s’agir de rendre des services : préparer les repas, aller faire des courses, etc, détaille Marion Molin Delhay. Dans cette formule, la participation financière du jeune peut se limiter à seulement dix euros. » 

Avec la crise du logement étudiant, la demande est forte, « nous avons une dizaine de demandes d’étudiants pour un senior », explique Marion Molin Delhay. Après examen d’un dossier et un entretien, notamment pour déterminer si l’étudiant est fait pour vivre avec une personne âgée, une rencontre est organisée « sans nous, juste entre les potentiels futurs cohabitants, pour que chacun ait la liberté de poser toutes les questions qu’il souhaite »

« La cohabitation solidaire repose sur l’entraide, on demande aux jeunes d’être solidaires, mais les personnes âgées peuvent l’être aussi », conclut Marion Molin Delhay. 
 

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Dernière mise à jour le 1 juin 2026

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