Informations pratiques
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Campus de la Manufacture des Tabacs
MJC Monplaisir
Maison des étudiants
- Du 26 au 30 mai 2026
- Gratuit sur réservation
Meraki : mettre une partie de soi, de son âme, dans ce que l’on crée. Ce mot grec, sans équivalent direct dans la langue française, est celui choisi pour nommer le festival international de théâtre universitaire de Lyon 3. Et toutes les personnes impliquées dans la réalisation de ce festival illustrent bien cette définition. Pour sa cinquième édition, le festival revient du 26 au 30 mai avec un esprit qui reste le même : une semaine théâtrale plurilingue mais aussi multiforme dans un projet qui embarque toute l’université.
C’est en 2019, que l’idée a germé pour la première fois de faire quelque chose des ateliers de pratiques théâtrales proposées dans différentes langues au sein de l’Université Lyon 3. À l’époque, des ateliers sont notamment proposés en italien, anglais ou encore en langue des signes française (LSF). Des contacts avec des universités à l’étranger sont déjà établis. Et l’intention est aussi de faire venir le théâtre universitaire au théâtre et inversement. Une envie partagée aussi à l’époque par le Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne qui est de la partie depuis la première édition.
Créer sur l’indifférence
Dès le départ, l’objectif est de montrer que le théâtre est un lieu et un objet ouvert sur la société et la cité. « Le théâtre permet une lecture du monde et d’aborder des questions sociétales qui nous interrogent, explique Ilaria Moretti, directrice artistique du festival. La pratique artistique est comme une loupe capable de lire le monde ». Cette année, la thématique choisie est : Nos indifférences. « L’indifférence contemporaine nous concerne tous et s’apparente à une forme d’individualisme. Nous sommes devenus des spectateurs du mal, incapables d’intervenir face à certaines situations », souligne celle qui dirige l’atelier de pratique théâtrale en italien et qui est aussi docteure en philosophie.
La pratique artistique est comme un loupe capable de lire le monde
Ilaria Moretti, directrice artistique du festival Meraki
L’individualisme de chacun et l’incapacité à se penser avec l’autre, c’est précisément le sujet du texte Spiritismo nell'antica casa qu’Ilaria Moretti a décidé de monter avec ses élèves de l’atelier en italien pour le festival. À un peu plus d’un mois de la représentation, l’heure est au filage dans la salle de répétition de l’université. Dans son atelier, Ilaria Moretti choisit de faire un travail centré sur le texte. « Je leur apprends les rudiments de l’art théâtral et on travaille sur le texte et l’interprétation. Le metteur en scène impose un cadre esthétique et le travail du comédien est de rendre ce qu’on lui demande avec tous les moyens expressifs à sa disposition. C’est un effort considérable de la part des étudiants », explique-t-elle. Le texte est intégralement en italien et l’atelier mêle des étudiants de différents niveaux dans la langue.
Deux salles, deux ambiances
Et si le festival Meraki illustre parfaitement la thématique du mois de l’Europe de cette année de la diversité linguistique, il met aussi en avant la pluralité des formes théâtrales. Le lendemain dans la même salle de répétition, l’ambiance n’est pas la même pour l’atelier de théâtre musical plurilingue et inter-établissements. Porté par Géraldine Berger et Anne Fromm, l’atelier propose davantage un travail d’improvisation corporelle.
« On ne part pas d’un texte, seulement d’un thème autour duquel nous essayons d’avoir une discussion. On propose des exercices pour essayer de lâcher prise », détaille Anne Fromm, chanteuse et comédienne et également professeure au conservatoire ENM (École nationale de musique, danse et art dramatique) de Villeurbanne.
L’atelier est inter-établissements, on y retrouve donc des élèves de Lyon 3, mais aussi Lyon 2 ou de l’ENM par exemple. L’atelier donne notamment l’opportunité aux étudiants d’explorer le langage par d’autres moyens que la parole.
« On mêle théâtre, chant, danse. Ça nous montre comment on peut utiliser cet art-là pour transmettre des émotions même sans parole. On se sent libre d’explorer des choses et je ne me suis jamais sentie jugée », confie Marianne. « Ça permet de lâcher prise sur plein de choses », abonde Charlyne, qui en tant que danseuse est plus à l’aise en passant par le corps que par la parole.
L’atelier et la création qui sera présentée dans le cadre du festival, se nourrissent de ce que chacun apporte. Un talent : Salomé par exemple va peindre pendant le spectacle. Une langue : Luciana, péruvienne pourra s’exprimer en espagnol. « Les gens arrivent avec leurs langues, leurs envies, leurs désirs. Comme c’est de l’écriture personnelle, les langues dialoguent entre elles », souligne Juliette Rindone, chargée de projets artistiques et culturels à Lyon 3 et coordinatrice de Meraki qui participe à l’atelier également ouvert aux membres du personnel. « On essaie de faire surgir l’individualité de chacun », ajoute Anne Fromm. « On ne joue pas des personnages, c’est nous qui ressortons dans chaque exercice », confirme Luciana.
« On ne fabrique pas des spectacles avec la pression de fabriquer des spectacles, mais on propose des formes qui pensent et j’aime intégrer les élèves à cette réflexion, dans la diversité, souligne Géraldine Berger, comédienne et metteuse en scène, également enseignante à Lyon 2. C’est le positionnement du festival Meraki ».
Un projet universitaire global
Car si la thématique proposée irriguera toutes les créations et l’interprétation que chacun peut en faire, elle va aussi nourrir les réflexions au-delà du simple cadre théâtral. « Cela nous semble intéressant d’aborder la thématique par des prismes différents », explique Ilaria Moretti. Chaque année, une journée d’études est organisée dans le cadre du festival, avec des conférences, des tables-rondes auxquelles participent des intervenants de différentes disciplines. En 2026, intitulée « Faire société à l’ère de l’indifférence », elle a lieu sous la direction scientifique de Gaëlle Marti, professeure de droit public.
Et la portée universitaire du festival prend son sens dans toutes les dimensions du projet. C’est un festival par les étudiants pour les étudiants qui embarque tout le monde. « Nous avons créé ce festival parce que nous voulions faire ensemble : étudiants, chercheurs, artistes, étrangers… et aussi pour se dire que l’université n’est pas qu’un ensemble de cours et de maquettes et qu’il n’y a pas toujours cette frontière immense entre enseignants et étudiants », explique Ilaria Moretti.
Créer des vocations
Au-delà de ceux qui se produisent sur scène, les étudiants sont impliqués dans tout ce qui fait le festival. Mise en scène, régie, traduction, photo, radio, etc. À l’image de Nora Moubarak, étudiante et médiatrice culturelle, qui participe depuis plusieurs années au festival et s’occupe de L’Entracte, un quotidien distribué chaque jour pendant la durée du festival.
« Au départ je suis arrivée avec juste l’idée de faire des photos et finalement maintenant, je suis à la rédaction en chef du journal. L’année dernière, j’ai pu expérimenter l’ingénierie de projet sur un atelier d’écriture en langue arabe. Cette année, j’ai suivi un projet d’atelier en radio-journalisme, relate Nora Moubarak. On arrive par une petite porte d’entrée et une multitude de portes apparaissent ».
Une opportunité d’autant plus importante dans une période déterminante pour l’orientation professionnelle des étudiants et qui peut faire naître des vocations. « Si le festival peut être un lieu qui permet de nourrir quelque chose d’intime, un désir pour faire quelque chose dans la vie, tant mieux », estime Ilaria Moretti.
Meraki est un objet qui devient celui de tous en fonction de ce que chacun veut y apporter
Juliette Rindone, coordinatrice du festival Meraki
Et l’implication de chacun donne sa couleur au festival. « Nous sommes un festival jeune qui évolue chaque année en fonction des personnes qui y travaillent. Nous avons cet objet qui devient celui de toutes et tous en fonction de ce que chacun veut y apporter », souligne Juliette Rindone.
Troupe irlandaise, italienne ou de Paris 8, performance de danse par le Jeune ballet désoblique, cordée théâtrale à la Maison des étudiants, plateau radio, ateliers avec le Théâtre des Célestins, le TNP ou initiation au clown et à l’écriture, etc. Pendant cinq jours, le festival Meraki proposera un programme varié qui illustre la diversité et richesse des langues, de la création théâtrale et de l’université.