« Lyon est un vrai vivier d’artistes pour la bande dessinée »

En juin prochain, le festival Lyon BD fêtera ses 20 ans. Pour cet anniversaire, il pourra compter sur une nouvelle directrice, Herminée Nurpetlian, arrivée à la tête de Lyon BD organisation à l’automne dernier. Rencontre.

Une nouvelle page

Quel a été votre parcours jusqu’à votre arrivée le 1er septembre dernier ?

Ces dix dernières années, j’étais à l’Institut français du Liban à Beyrouth. J’avais été recrutée en 2015 pour m’occuper de la programmation du Salon francophone du livre de Beyrouth. Puis avec les différentes crises qui ont traversé le Liban, un salon du livre était devenu beaucoup trop lourd à porter pour l’Institut. Cette période a correspondu en 2021 avec l’arrivée de Mathieu Diez, ancien coordinateur du Lyon BD Festival, avec qui nous avons transformé le salon du livre en festival : le Beyrouth Livres, avec un fort volet bande dessinée. Dans ce cadre-là, j’ai accueilli beaucoup d’artistes lyonnais. Une vraie relation s’est nouée entre l’Institut français et Lyon BD organisation. Des programmes de résidences croisées ont notamment été organisés. Après dix ans passés à ce poste, quand on m’a proposé de prendre la tête de l’association et ce nouveau défi, je me suis dit que ça ne se refusait pas. 

Quelle impulsion souhaitez-vous donner à l’association avec votre arrivée ?

J’arrive à la tête de l’association pour la diriger aux côtés d’Iris Munsch, directrice artistique chargée de la programmation qui est là depuis deux ans. Nous pouvons aussi compter sur une équipe de bénévoles très présente. Nous avions besoin d’une personne qui puisse gérer la globalité de l’association avec l’idée d’être actif sur toute l’année, notamment avec l’investissement de nouveaux locaux depuis 2023 et l’ouverture du Collège graphique dans l’ancien collège Truffaut (Lyon 1).

Nous voulons créer un lieu de rassemblement et de brassages professionnels, qui crée du lien et rapproche les générations. 

Herminée Nurpetlian, directrice de Lyon BD organisation

Quel est l'objectif de ce lieu ? 

Cet espace est un passage de cap pour l’association avec l’envie d’avoir un lieu pérenne identifié pour la bande dessinée à Lyon. L’idée est de penser et repenser le rôle que doit jouer le Collège graphique et de mettre en place des opérations et des actions qui donnent à ce lieu un rôle important pour le milieu littéraire et de la BD. Un lieu de rassemblement et de brassages professionnels, qui crée du lien et qui rapproche les générations notamment. Car Lyon est un vrai vivier d’artistes pour la bande dessinée. Nous souhaitons également que ce soit un lieu ouvert toute l’année pour le grand public avec des rencontres, des ateliers, des animations. Et c’est aussi un espace pensé pour accueillir des résidences d’artistes.

20 printemps pour le festival

Le festival fête cette année son 20e anniversaire, quel est son identité ?

Le festival a vraiment grandi et évolué depuis la 1re édition en 2006. Il a réussi à fédérer les autrices et auteurs lyonnaises et lyonnais. Lyon BD a toujours eu aussi cette particularité de rester très ouvert à l’international. Nous avons des liens avec le Liban, mais aussi des pays d’Amérique latine, l’Orient… C’est un festival qui accueille des artistes internationaux, mais aussi qui fait rayonner les artistes lyonnais à l’étranger. 

Quelle est votre ambition pour le festival avec cette nouvelle page qui s’ouvre ?

Il y a un changement qui s’opère dans le monde de la BD. Ces quinze dernières années, on ne s’adresse plus aux mêmes publics. La bande dessinée elle-même a changé de forme et beaucoup évolué. Les sujets qui sont traités sont davantage tournés vers le social, le psychologique, l’intime aussi. Et la pratique du one-shot, le roman graphique s’est beaucoup développé. Il est donc important d’évoluer dans ce sens-là et de savoir à qui on veut s’adresser et quel rôle doit jouer un festival comme le nôtre. Il faut penser une vraie place pour la jeune création. Le festival doit vraiment jouer un rôle pour créer des espaces propices pour l’échange entre auteurs et entre artistes et grand public. 

Je découvre aussi comment cela fonctionne ici. Tous les dispositifs d’aide à la culture par exemple, c’est nouveau pour moi. Je trouve cela fascinant et c’est important et fort de voir cet accompagnement. Mais je comprends aussi que c’est fragile et que cela peut se perdre. 

Une édition tournée vers la jeunesse

Quelles sont les nouveautés de cette édition 2026 ?

Une vraie nouveauté cette année, c’est l’organisation du prix Lyon BD jeunesse. C’est un prix fait par les enfants pour les enfants. Parmi une dizaine d’ouvrages, les jeunes des book clubs des médiathèques du réseau lyonnais ont sélectionné cinq ouvrages. Les jeunes de 8 à 12 ans peuvent voter jusqu’au 22 mai, dans les bibliothèques et en ligne, pour désigner le lauréat qui sera annoncé le 13 juin. Serge Bloch, le dessinateur de Max et Lili et SamSam, est le parrain de ce prix. Des rencontres avec les scénaristes et les illustrateurs des ouvrages ont aussi été organisées. 

Voter pour le prix jeunesse


Il y a un effort particulier qui est fait pour que le festival soit encore plus tourné vers la jeunesse. Ce sera notamment le cas de la journée du 13 juin au Théâtre Comédie Odéon. Serge Bloch y fera un atelier géant où petits et grands seront invités à dessiner avec lui. L’après-midi, lors du spectacle Anatole Latuile, des enfants de CM1 et CM2 de l’école Joseph Cornier seront sur scène aux côtés des artistes pour une lecture musicale et dessinée. 

Quels sont les temps forts de cette édition ?

Le traditionnel concert dessiné d’inauguration au Transbordeur réunira le groupe Les Wampas et les illustratrices et illustrateurs Emilie Gleason, Chris Regnault et Pickmean. Des ateliers gratuits en continu sont organisés pendant la durée du festival à l’Hôtel de ville et au musée des Beaux-Arts. Il y aura bien évidemment la cérémonie de remise du prix Lyon BD et la journée professionnelle le 12 juin avec quatre grands débats sur des thématiques qui intéressent la profession aujourd’hui.

Cette édition s’inscrit aussi dans le cadre de la Saison Méditerranée portée par l’Institut français de Paris. L’affiche qui a été confiée à Zeina Abirached invite la méditerranée à Lyon. Son travail sur le piano oriental fera l’objet d’une exposition et d’un spectacle. Deux autres autrices Zainab Fasiki et Nada Dagdoug, venue respectivement de la Tunisie et du Maroc, sont également invitées sur le festival. 

Des événements sont également organisés sur tout le territoire pendant le mois de juin ?

Le mois de la BD en juin nous permet de rayonner et d’aller dans toute la métropole. Les lieux culturels et médiathèques du territoire s’emparent de la bande dessinée pour proposer une quarantaine d’événements : spectacles, expositions, rencontres, ateliers etc. 

Le programme du mois de la BD

À titre personnel, est-ce-qu’il y a une bande dessinée qui vous a marqué et/ou que vous souhaiteriez recommander ?

J’aime beaucoup le travail de Camille Jourdy. Ses bandes dessinées sont pleine de douceur et très émouvantes. J’apprécie énormément son travail des couleurs. Son dernier ouvrage Pépin et Olivia m’a particulièrement touché. Idem pour le dernier ouvrage d’Alfred, Les jardins invisibles, qui est plein d’émotions et de souvenirs d’enfance. 
 

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Dernière mise à jour le 12 mai 2026

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