Donner une seconde vie aux jouets
Depuis 2020 chez Enjoué, vous donnez une seconde vie à des jouets. Pourquoi le jouet en particulier ?
Un jouet est utilisé en moyenne huit mois. Ensuite il est gardé au fond d’un placard et s’abîme. On propose de redonner une deuxième vie à ces objets tout en créant de l'emploi pour des personnes qui en sont éloignées. On redonne une valeur à un objet pour qu’il soit aimé une deuxième fois. En 2025, on a remis en service près de 15 000 jouets de premier âge, jeux de société, jeux de plateau ou des jeux éducatifs. Sur les 15 tonnes que nous recevons, chaque jouet est étudié, contrôlé et vérifié. Un jouet sur deux n’est pas conservé car trop dangereux, trop sale ou trop abîmé.
Quel est le process de contrôle et de remise en état ?
À réception, le jouet est pesé puis va en salle de tri pour vérifier son état, s’il est complet et s’il répond aux normes de sécurité. Ensuite, il passe au nettoyage avec du vinaigre blanc, du bicarbonate et des cotons tiges. Enfin, on lui donne un prix qui est souvent la moitié du prix du neuf, avant qu’il ne soit contrôlé une dernière fois.
Il y a une accumulation de freins qui se répercute ensuite sur la perception que les personnes ont d’elles-mêmes.
Gilles Malandrin, directeur d'Enjoué
Lutter contre le chômage de longue durée
Le modèle Enjoué est basé sur l’emploi de personnes en situation de chômage de longue durée. Comment êtes-vous organisés ?
Aujourd’hui, nous avons 44 personnes en CDI. La particularité est qu’elles étaient toutes en situation de chômage de longue durée. Elles sont embauchées sans sélection, ni entretien d'embauche. Dans l’équipe d’encadrement, nous avons trois manageuses, un directeur et des alternants. Nous intervenons dans le cadre du programme national Territoire zéro chômeur de longue durée pour le quartier de Saint-Jean de Villeurbanne. Ce dispositif fait le pari de transformer des dépenses passives – les dépenses d’accompagnement des chômeurs de longue durée – en dépenses actives en finançant des CDI, en créant des emplois dans les quartiers qui sont les plus en difficultés. On affirme que nul n'est inemployable. En interne, on adapte les postes aux personnes pour les mettre en situation de reprendre confiance en elles sur un temps long.
La situation de chômage de longue durée vécue par vos salariés est-elle le seul frein à leur employabilité ?
Ce qui me frappe, c'est qu’on est face à beaucoup de personnes diplômées, avec des parcours professionnels antérieurs mais qui butent sur la non-valorisation de leurs diplômes ou en raison de leur origine géographique. Il y a un plafond de verre malgré les compétences. Vous ajoutez à cela des candidatures qui ne reçoivent pas de réponses parce que vous êtes né du mauvais côté du périphérique ou que vous avez un nom à consonance étrangère. Il y a une accumulation de freins qui se répercute ensuite sur la perception que les personnes ont d’elles-mêmes. Chez Enjoué, après quelques mois en poste, on va regarder leur parcours, leurs diplômes et voir ce qui pourrait être adapté à nos besoins pour améliorer leur employabilité. Certaines personnes qui ont commencé à nettoyer des jouets s'occupent aujourd’hui de la gestion des payes, de la comptabilité ou des devis.
Boutiques partagées
Enjoué vient d’ouvrir un nouveau point de vente ?
On a deux boutiques pour l'instant dans le centre commercial de la Part-Dieu et de Carré de soie. Et on espère pouvoir en ouvrir un troisième. Ces boutiques sont sous enseigne Reloved, que l’on partage avec d'autres structures de l'économie solidaire. Nous vendons aussi en ligne via le Label Emmaüs.
Votre activité est-elle saisonnière ?
La période des fêtes de fin d’année est une période très importante. Notre chiffre d'affaires se concentre à 60 % d’octobre à décembre. Mais nous travaillons aussi le reste de l’année avec les professionnels de la petite enfance qui eux, ont régulièrement besoin de jouets et surtout de produits qui répondent à des normes de sécurité. On travaille notamment avec les crèches de Lyon, Villeurbanne, Caluire-et-Cuire, Vénissieux et des crèches privées.
L'Étape 22D
Créé en 2020, Enjoué est installé au sein du site d'urbanisme transitoire l'Étape 22D, ancien site industriel à Villeurbanne. Ils occupent plusieurs dizaines de mètres carrés de l'imposante surface de hangars qui constituent la friche aujourd'hui occupée par diverses activités, allant d'une filière de réparation de vélos au centre logistique des Restos du cœur.